Alors que la rentrée 2026 marquera l’entrée en vigueur du nouveau référentiel de formation des infirmiers, les contours de la réforme se précisent. Cette refonte ambitieuse vise à moderniser le diplôme d’État infirmier en renforçant l’approche universitaire et la place de la recherche. Mais derrière les intentions, les conditions concrètes de déploiement inquiètent : calendrier serré, tensions budgétaires, risque de baisse des quotas de formation… Un cocktail qui pourrait impacter directement les infirmiers libéraux, souvent mobilisés comme acteurs de terrain et tuteurs de stage.
Une formation plus longue et plus scientifique
La principale évolution concerne la montée en puissance de l’universitarisation. Le volume global de la formation passera de 4 200 à 4 600 heures, conformément aux standards européens. Cette augmentation s’accompagne d’une refonte du contenu pédagogique, désormais organisé autour de blocs de compétences et de thématiques intégrant la démarche scientifique et la recherche en soins infirmiers.
L’objectif est clair : former des professionnels plus autonomes, capables de s’appuyer sur des données probantes, en lien avec l’évolution des pratiques cliniques comme la prescription infirmière ou les consultations avancées. Pour les IDEL, cela signifie qu’une nouvelle génération d’infirmiers mieux formés à l’analyse et à la réflexion clinique arrive — un renfort bienvenu, à condition que leur formation soit correctement encadrée sur le terrain.
Des stages allongés, un encadrement à renforcer
Autre changement majeur : la durée des stages sera portée à 66 semaines (contre 60 aujourd’hui), réparties sur les trois années du cursus (12 semaines en première année, 26 en deuxième et 28 en troisième). Cette évolution vise à consolider la professionnalisation, mais elle suppose des capacités d’accueil suffisantes et des tuteurs disponibles.
Dans les faits, la pénurie d’encadrants infirmiers, notamment en ville, risque de freiner la mise en œuvre effective. Les IDEL, déjà fortement sollicités pour accueillir des étudiants, devront s’adapter à ce nouveau rythme, sans compensation ou soutien pédagogique annoncé à ce jour. Une charge supplémentaire à anticiper, dans un contexte de pression accrue sur les professionnels de santé libéraux.
Tensions financières et baisse des quotas : une réforme fragilisée
C’est peut-être le point le plus inquiétant : la réforme se heurte à des arbitrages budgétaires qui menacent sa mise en œuvre uniforme sur le territoire. Dans le Grand Est, la région évoque la suppression de 652 à 829 places en IFSI pour la rentrée 2026, en raison d’un désengagement financier de l’État estimé à 24 millions d’euros. Le SNPI alerte sur une réduction nationale potentielle de 15 à 30 % des capacités de formation.
Cette baisse des quotas, si elle se confirme, risque de désorganiser l’offre de formation, de provoquer la fermeture d’IFSI, et à terme, de réduire le nombre d’infirmiers diplômés — alors même que les besoins explosent dans les zones sous-dotées. Les IDEL, souvent en première ligne pour répondre à ces besoins, pourraient voir leur activité impactée à moyen terme.
Un calendrier ultra-serré, un risque d’application inégale
Le processus réglementaire a déjà connu des retards : en décembre 2025, le Conseil national d’évaluation des normes (CNEN) a suspendu l’examen des textes, invoquant l’absence de garanties financières. Ce n’est qu’en janvier 2026 qu’un feu vert a été donné, après promesse de compensation de l’État aux régions. Résultat : les textes officiels sont attendus dans l’urgence, à quelques mois seulement de la rentrée.
Le SNIIL a d’ores et déjà alerté : une publication tardive pourrait compromettre la qualité d’application de la réforme. Deux scénarios sont évoqués : un déploiement stabilisé si les moyens suivent, ou une mise en œuvre sous tension, au rabais, avec des disparités régionales majeures.
Pour les IDEL, une vigilance à maintenir
Si cette réforme concerne d’abord la formation initiale, ses effets rejailliront sur toute la profession infirmière, notamment en libéral. Les infirmiers de ville sont des acteurs clés de la formation clinique : accueil en stage, tutorat, évaluation, mais aussi transmission d’un savoir-faire ancré dans la réalité du terrain. Toute modification du cursus a donc un impact direct sur leur quotidien et leur organisation.
Par ailleurs, cette réforme s’inscrit dans un contexte plus large d’évolution du métier, entre nouvelles compétences, prescriptions étendues et revalorisation des pratiques avancées. Pour les IDEL, il est crucial de suivre de près les développements réglementaires, et de se faire entendre dans les débats sur les quotas, les financements et la reconnaissance de leur rôle formateur.