« Cette année pour la vaccination, avec les pharmaciens je me suis retrouvée face à un mur ! », une semaine infirmière.

Dans près de 3 000 pharmacies des régions Auvergne Rhône-Alpes et Nouvelle Aquitaine, les pharmaciens peuvent injecter le vaccin contre la grippe en officine à titre d’expérimentation dés cette année et ce pour une durée de 3 ans (cela concerne les pharmaciens volontaires qui ont suivi une formation dont le contenu est défini par un arrêté). Ariane*, infirmière dans le centre de Bordeaux nous a contactés pour nous faire part de son vécu, quelques semaines après le lancement de cette expérimentation.

« Cette année c’est eux qui gèrent… »

« Je suis installée depuis 12 ans dans un cabinet au centre de Bordeaux mais par manque de visibilité j’ai dû déménager il y a deux ans pour un cabinet avec plus de passages. Nous sommes plutôt nombreuses sur mon secteur et avec ma collègue nous avons eu envie de nous spécialiser dans les soins primaires et la prévention, le travail en collaboration avec les autres professionnels de santé. Dans le nouveau cabinet, nous avons notamment mis en place des permanences plus régulières et ce particulièrement pour la période de la vaccination antigrippale. Nous sommes placés assez près de quatre pharmacies et l’année dernière je suis allée les voir pour leur expliquer notre démarche. J’ai été très bien reçue, tout le monde était enthousiaste devant nos efforts et effectivement j’ai fait plus de 100 vaccinations sur la période.

Mais cette année lorsque je me suis présentée à nouveau pour le début de la période de vaccination, je me suis retrouvé face à un mur : deux d’entre elles ont carrément refusé de me parler et on m’a dit que « cette année c’est eux qui gèrent… », comme si ma démarche n’avait tout à coup plus aucun intérêt…

Une troisième pharmacie a été un peu plus contente de me voir car ils ne souhaitent pas faire les vaccins eux-mêmes mais ils ont reconnu avec sincérité que si le patient leur demande de le vacciner, ils ne peuvent pas prendre le risque de perdre un client en refusant… Au final j’ai franchement l’impression d’assister à la captation de nos actes par les pharmacies! Bien sûr l’argument de santé publique de la couverture vaccinale est tout à fait juste et on ne peut nier que les pharmaciens, par leur disponibilité à l’officine, sont un pivot essentiel de la santé primaire. Mais est-ce que cet argument peut s’entendre dans un secteur largement doté comme le mien ? On me dit en plus que dans la formation initiale des pharmaciens il y a maintenant la formation à la vaccination mais aussi à l’entretien thérapeutique, en particulier sur le diabète… Alors quel est l’avenir ? La pharmacie a-t-elle vocation à nous remplacer ? À nous salarier pourquoi pas ? J’attends la fin de la période de vaccination pour savoir quel a été l’impact réel sur la fréquentation mais je suis clairement inquiète… ».

* Le prénom a été changé

Pour mémoire

  • La liste des patients que l’infirmier peut vacciner a été définie par l’arrêté du 19 juin 2011
  • L’infirmier ne peut vacciner (sans prescription médicale) que si le patient a déjà été vacciné une première fois au cours des trois années précédentes.
  • L’infirmier ne peut vacciner que les adultes de plus de 18 ans
  • L’infirmier ne doit pas vacciner les femmes enceintes (même si elles font partie des populations cibles pour l’assurance maladie, cet acte est médical)
  • La rémunération de cet acte est de 1 AMI 1 (avec une prescription médicale) ou de 2 AMI 1 (avec un bon de prise en charge) et le cumul de cet AMI suit les règles habituelles de l’article 11 b de la NGAP (deuxième acte à 50 %, troisième gratuit, non-cumul avec les AIS)
  • L’infirmier ne peut vacciner que si le patient présente une prescription de vaccination ou un bon de prise en charge.

 

Les pharmaciens peuvent vacciner un patient qui se présente sans prescription et sans bon de prise en charge

Extrait de la FAQ de l’ordre des pharmaciens (cela s’adresse aux pharmaciens !)

 » Puis-je vacciner une personne de la population cible sans bon de prise en charge ni prescription médicale ?

Oui. Les textes le permettent, mais aucune rémunération n’est prévue dans ce cas.

En effet, l’article 3 de l’arrêté définit les personnes que le pharmacien est autorisé à vacciner et l’article 5 du décret conditionne, pour sa part, la rémunération de l’acte vaccinal à une prescription médicale ou un bon de prise en charge.

La Direction de la Sécurité sociale (DSS) indique que le pharmacien autorisé peut vacciner des personnes éligibles qui se présenteraient à son officine sans bon ni ordonnance. Cependant, la traçabilité de l’acte vaccinal devra être assurée pour distinguer ces situations de celles qui donnent droit à une rémunération dans le cadre du bilan final d’activité de l’expérimentation, qui sera renvoyé aux ARS. Le vaccin ne sera pas pris en charge par l’Assurance maladie obligatoire. Si les personnes, éligibles au regard de l’article 3 de l’arrêté du 10 mai 2017, ne disposent ni de bon, ni de prescription médicale, elles pourront être vaccinées par le pharmacien aux conditions suivantes :

1- Le prix du vaccin sera intégralement payé par la personne.

2- Le pharmacien ne pourra pas être rémunéré pour cet acte. »

 

À la semaine prochaine !

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